Bakuchiol vs Rétinol : L’arnaque du « Naturel » ? La vérité scientifique

Woman Applying Skincare Serum For Healthy And Radiant Skin
Credit envato

Par Sylvain (Beauty Decoded) Temps de lecture : 8 minutes


Le bakuchiol est partout. Instagram regorge de posts « Enfin une alternative naturelle au rétinol ! ». Les marques multiplient les lancements. Les influenceurs crient au miracle.

Mais quand on gratte le vernis marketing, la réalité scientifique est beaucoup plus nuancée.

En tant que chirurgien plasticien devenu analyste d’ingrédients, j’ai voulu comprendre. J’ai épluché les études publiées sur le bakuchiol (spoiler : il y en a moins que vous ne le pensez). Et j’ai découvert un drama scientifique fascinant que personne ne vous raconte.

Est-ce une révolution ou un coup marketing ? Voici la vérité.


1. D’abord, le Rétinol (Le « Gold Standard »)

Pour comprendre le challenger, il faut comprendre le champion. Le rétinol fait partie de la famille des rétinoïdes (dérivés de la vitamine A). C’est la molécule la mieux documentée de l’histoire de la dermatologie (50 ans de recul).

Comment ça marche ? Pour agir, le rétinol doit être converti par la peau. Rétinol → Rétinal → Acide Rétinoïque (La forme active)

Une fois converti, il se connecte à des récepteurs dans vos cellules (comme une clé dans une serrure) et ordonne :

  • La production massive de collagène.
  • L’accélération du renouvellement cellulaire.
  • L’épaississement du derme.

Le prix à payer ? L’efficacité a un coût : irritation, rougeurs, desquamation (« la purge »), sécheresse. C’est là que le bakuchiol entre en scène avec sa promesse magique : « Les mêmes résultats, sans les effets secondaires. »


2. Le Bakuchiol : Qui est-il vraiment ?

C’est un extrait des graines de Psoralea corylifolia (Babchi), une plante de la médecine ayurvédique.

babchi

Le choc moléculaire : Le bakuchiol n’est PAS un rétinoïde.

  • Il ne ressemble pas à la vitamine A.
  • Il ne se transforme pas en acide rétinoïque.

Alors, pourquoi tout le monde les compare ?

L’étude qui a tout déclenché (Le « Drama »)

Tout part d’une étude de 2019 publiée dans le British Journal of Dermatology (Dhaliwal et al.).

Le pitch : 44 personnes, 12 semaines. Bakuchiol vs Rétinol. Le résultat publié : Les deux groupes ont vu leurs rides diminuer de façon similaire, mais le groupe Bakuchiol n’a eu aucune irritation.

Les médias ont titré : « La fin du rétinol ».

Mais voici ce qu’on a oublié de vous dire (les petits caractères) :

  1. Conflit d’intérêt : L’auteur principal est consultant pour une entreprise qui… vend du bakuchiol. (Ça ne rend pas l’étude fausse, mais ça incite à la prudence).
  2. L’échantillon : 44 personnes, c’est microscopique en science. Les études sur le rétinol portent sur des milliers de cas.
  3. La durée : 12 semaines, c’est assez pour voir l’effet sur le grain de peau, mais trop court pour juger l’anti-âge profond (rides installées) qui demande 6 à 12 mois.

3. L’Analogie de la Voiture (Pour tout comprendre)

Si le bakuchiol n’est pas de la vitamine A, comment peut-il donner des résultats similaires ?

Imaginez deux voitures : une Ferrari essence (Le Rétinol) et une Tesla électrique (Le Bakuchiol).

  • Le Rétinol (Ferrari) : C’est puissant, brutal, ça fait du bruit (irritation), ça demande un pilote expérimenté, mais ça va très vite sur le circuit. Le moteur fonctionne par combustion.
  • Le Bakuchiol (Tesla) : C’est silencieux, doux, facile à conduire. Le moteur est électrique.

Les deux vous emmènent du point A au point B (amélioration de la peau). Mais le moteur (le mécanisme biologique) est totalement différent.

  • Le Rétinol force le renouvellement cellulaire en se liant directement aux récepteurs nucléaires.
  • Le Bakuchiol stimule le collagène et calme l’inflammation par des chemins détournés (inhibition des MMP, antioxydant).

Conclusion clé : Avoir des effets similaires à l’œil nu ne veut pas dire que c’est la même chose biologiquement.


4. Ce que la science valide (et ce qu’elle ne valide pas)

Soyons clairs : le bakuchiol n’est pas une arnaque. C’est un excellent ingrédient, mais il faut arrêter de lui attribuer des pouvoirs qu’il n’a pas encore prouvés.

✅ Ce qui est PROUVÉ :

  • Tolérance excellente : Pas de picotements, pas de rougeurs.
  • Action sur l’éclat : Le teint est plus lumineux après 12 semaines.
  • Antioxydant : Il protège bien du vieillissement environnemental.
  • Photostable : Contrairement au rétinol, il ne se dégrade pas à la lumière (on peut le mettre le matin).

❌ Ce qui N’EST PAS prouvé :

  • L’égalité parfaite avec le rétinol : Aucune étude sur le long terme (> 1 an) ne prouve qu’il lisse les rides profondes aussi bien que le rétinol.
  • L’action sur l’acné sévère : Le rétinol reste le roi pour déboucher les pores (kératolytique). Le bakuchiol aide, mais moins puissamment.

5. Le verdict : Bakuchiol ou Rétinol ? (Mon guide)

Le marketing veut vous faire choisir un camp. En réalité, tout dépend de votre profil.

Choisissez le BAKUCHIOL si :

  • ✅ Votre peau est ultra-sensible ou rosacée (le rétinol est impossible pour vous).
  • ✅ Vous êtes enceinte ou allaitante* (*consultez toujours votre médecin, mais c’est l’option la plus sûre).
  • ✅ Vous voulez une routine simple sans phase d’adaptation (« rétinisation »).
  • ✅ Vous cherchez surtout de la prévention (20-30 ans) et de l’éclat.

Choisissez le RÉTINOL (ou Rétinal) si :

  • ✅ Vous voulez l’efficacité maximale prouvée scientifiquement.
  • ✅ Vous avez des rides installées ou des dégâts solaires visibles.
  • ✅ Vous traitez de l’acné ou des cicatrices.
  • ✅ Vous êtes prêt(e) à supporter quelques semaines d’adaptation.

Le mot de la fin

Le bakuchiol n’est pas le « nouveau rétinol ». C’est le Bakuchiol. C’est un actif fantastique à part entière, surtout pour les peaux sensibles. Mais ne jetez pas votre tube de rétinol si votre peau le supporte : en termes de puissance pure, la « Ferrari » garde une longueur d’avance.

Et vous ? Team Rétinol (hardcore) ou Team Bakuchiol (douceur) ? Dites-le-moi en commentaire !


Sources :

  • Dhaliwal S, et al. (2019). British Journal of Dermatology.
  • Chaudhuri RK, Bojanowski K. (2014). International Journal of Cosmetic Science.

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