Guide skincare · Ingrédients

Le phénoxyéthanol — est-il dangereux pour la peau ? selon un médecin et les analyses des BeautyDecodeurs.

Le phénoxyéthanol est un conservateur synthétique qui empêche le développement de bactéries, levures et moisissures dans les cosmétiques. Jugé sûr jusqu’à 1 % par le comité scientifique européen (SCCS), il est néanmoins déconseillé par l’ANSM sur le siège des bébés et limité chez les jeunes enfants. Sans effet direct sur la peau, il reste un conservateur utile, dont l’usage mérite surtout une précaution chez les tout-petits et les femmes enceintes, à la lumière des données de la cohorte française PELAGIE.

FamilleConservateur synthétique
CadreSûr jusqu’à 1 % (SCCS, 2016)
VigilanceTout-petits — siège & lingettes (ANSM)

L’alternative aux parabènes, elle aussi débattue

Alors que les parabènes sont de plus en plus controversés, le phénoxyéthanol gagne en popularité comme alternative. Mais que sait-on réellement de ce conservateur ? Le phénoxyéthanol est un conservateur synthétique utilisé pour empêcher la croissance de micro-organismes susceptibles d’altérer crèmes, fonds de teint, protections solaires, etc. Particulièrement efficace, il résiste bien aux bactéries. Il est produit par éthoxylation, un procédé qui fait réagir du phénol et de l’oxyde d’éthylène à haute température et haute pression.

À quoi sert-il dans un cosmétique

Contrairement à un actif, le phénoxyéthanol n’a pas d’effet direct sur la peau : son rôle est de préserver le produit. Un conservateur est indispensable, car un cosmétique contaminé par des bactéries serait bien plus dangereux qu’un produit conservé.

01

Action antimicrobienne

Il prévient la croissance des champignons, bactéries et levures dans la formule.

02

Durée de conservation

Il sécurise le produit et prolonge sa durée d’utilisation.

03

Stabilité

Il évite les réactions indésirables avec d’autres ingrédients, l’air ou la lumière.

04

Polyvalence

Il protège une grande variété de produits contre les pathogènes.

Que disent les agences ?

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) surveille le phénoxyéthanol depuis plusieurs années. Par précaution, elle recommande depuis 2012 de ne pas l’utiliser dans les produits appliqués sur le siège des bébés, et de fixer une concentration maximale de 0,4 % pour les autres produits destinés aux enfants de moins de 3 ans. De son côté, le Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (SCCS) a conclu en octobre 2016 que le phénoxyéthanol utilisé à 1 % dans les cosmétiques est sûr, quel que soit l’âge.

L’ANSM a poursuivi ses investigations en réunissant en 2017 un comité scientifique spécialisé temporaire d’experts en toxicologie, épidémiologie, dermatologie et allergologie. Ses conclusions : maintenir la recommandation de 2012 de ne pas utiliser de phénoxyéthanol sur le siège des bébés, et l’étendre aux lingettes couramment utilisées pour nettoyer les jeunes enfants.

L’effet « cocktail »

L’ANSM met en garde contre l’effet « cocktail » lié à l’usage fréquent et répété de produits contenant du phénoxyéthanol. L’application occasionnelle d’un produit est sans danger ; c’est la multiplication et la fréquence des produits qui peuvent poser question.

Des interrogations subsistent par ailleurs sur d’éventuels liens entre l’un de ses composants (l’acide phénoxyacétique) et la fertilité, et sur un potentiel effet perturbateur endocrinien, qui restent à confirmer scientifiquement.

Phénoxyéthanol et grossesse : la cohorte PELAGIE

C’est sans doute le point qui mérite le plus d’attention. Le phénoxyéthanol est très répandu — il figure dans environ un tiers des crèmes du marché français — et pour les femmes enceintes, des données scientifiques françaises de premier plan invitent à une prudence raisonnée : la cohorte PELAGIE, pilotée par l’Inserm. Il s’agit d’une étude (unité U1085, Rennes) ayant suivi 3 421 femmes enceintes recrutées en Bretagne entre 2002 et 2006, puis leurs enfants. Les chercheurs ont mesuré, en début de grossesse, la concentration urinaire d’acide phénoxyacétique, le principal métabolite du phénoxyéthanol. Les résultats ont été publiés dans des revues internationales à comité de lecture (Environmental Health Perspectives, Epidemiology).

1 · Délai pour concevoir

Chez les femmes aux concentrations les plus élevées, un allongement statistiquement significatif du délai nécessaire pour concevoir a été observé (Garlantezec et al., 2013).

2 · Hormones du sang de cordon

Des associations significatives ont été relevées avec les niveaux de certaines hormones stéroïdiennes mesurées à la naissance dans le sang du cordon, avec des profils différents chez les garçons et les filles.

3 · Compréhension verbale à 6 ans

Chez les enfants les plus exposés in utero, une diminution significative des scores de compréhension verbale (test WISC) a été observée par rapport aux moins exposés (Béranger et al., 2017).

Comment interpréter ces résultats ?

Avec rigueur et sans alarmisme. Le rapport du comité scientifique de l’ANSM (décembre 2017) précise lui-même que ces résultats, bien qu’inédits, doivent être confirmés, et qu’on ne peut exclure qu’ils soient liés à d’autres substances auxquelles ces femmes étaient co-exposées. Ce sont des associations statistiques, pas des liens de causalité démontrés : la présence de phénoxyéthanol dans un produit n’indique pas une dangerosité avérée.

C’est précisément cette honnêteté méthodologique qui justifie, pour une femme enceinte, une approche de simple précaution. Sans diaboliser cet ingrédient, il est facile de limiter son exposition pendant la grossesse en privilégiant des produits qui en sont exempts, d’autant que l’offre est aujourd’hui large. En cas de doute, un avis du médecin ou de la sage-femme est conseillé.

Un conservateur utile, une vigilance ciblée

Le phénoxyéthanol n’est pas l’ingrédient à fuir absolument que certains décrivent : c’est un conservateur jugé sûr jusqu’à 1 % par les autorités européennes, et un produit bien conservé est plus sûr qu’un produit qui s’oxyde ou se contamine. La vraie vigilance concerne les tout-petits (siège des bébés, lingettes) et, par principe de précaution, la multiplication des sources au quotidien. Pour un adulte, ce n’est pas un ingrédient préoccupant aux concentrations autorisées. Si l’on préfère l’éviter, l’offre de produits sans phénoxyéthanol est aujourd’hui large.

Repérer le phénoxyéthanol dans vos soins du quotidien.

L’application BeautyDecoded permet de scanner n’importe quel produit cosmétique pour visualiser son adéquation avec votre type de peau et ses besoins, sur la base de l’analyse INCI.

Application disponible sur iOS et Android

Vos questions sur le phénoxyéthanol

Le phénoxyéthanol est-il dangereux ?
Aux concentrations autorisées (jusqu’à 1 %), il est jugé sûr pour les adultes par le comité scientifique européen. Les réserves portent surtout sur les bébés et jeunes enfants, et sur l’effet cumulé de nombreux produits. Pour un usage adulte normal, il n’est pas considéré comme préoccupant.
Phénoxyéthanol ou parabènes ?
Le phénoxyéthanol est souvent utilisé comme alternative aux parabènes. Les deux sont des conservateurs autorisés et encadrés. Aucun cosmétique ne peut se passer de conservateur sans risque de contamination ; l’enjeu est de les utiliser aux doses sûres, ce que prévoit la réglementation.
Peut-on l’utiliser sur un bébé ?
L’ANSM déconseille les produits au phénoxyéthanol sur le siège des bébés et les lingettes pour le change. Pour les autres produits destinés aux moins de 3 ans, une concentration limitée s’applique. Par précaution, mieux vaut vérifier les étiquettes des produits pour tout-petits.
Est-ce un perturbateur endocrinien ?
Il est soupçonné de l’être, en raison d’interrogations sur un de ses composants et la fertilité, mais cela reste à confirmer scientifiquement. À ce jour, les autorités le considèrent sûr aux concentrations autorisées, tout en maintenant une surveillance.
Comment savoir si un produit en contient ?
Il apparaît sous le nom « phenoxyethanol » dans la liste INCI. Sa position en fin de liste indique généralement une faible concentration, ce qui est habituel pour un conservateur.
Peut-on utiliser du phénoxyéthanol enceinte ?
Par précaution, mieux vaut limiter son exposition pendant la grossesse. La cohorte française PELAGIE (Inserm) a observé des associations statistiques entre l’exposition au phénoxyéthanol en début de grossesse et plusieurs paramètres (délai pour concevoir, hormones du cordon, compréhension verbale de l’enfant), sans qu’il s’agisse de liens de causalité prouvés. Privilégier des produits sans phénoxyéthanol pendant cette période est une précaution simple ; en cas de doute, demander un avis médical.

Les références

  • ANSM, Rapport CSST « Utilisation du phénoxyéthanol dans les produits cosmétiques », décembre 2017.
  • ANSM, « Évaluation du risque lié à l’utilisation du phénoxyéthanol dans les produits cosmétiques », mai 2012.
  • Garlantezec R. et al., « Urinary Glycol Ether Metabolites in Women and Time to Pregnancy: The PELAGIE Cohort », Environ Health Perspect, 2013;121:1167-1173 (PMID 23645546).
  • Béranger R. et al., « Prenatal Exposure to Glycol Ethers and Neurocognitive Abilities in 6-Year-Old Children: The PELAGIE Cohort », Environ Health Perspect, 2017;125:684-690 (PMID 27649815).
  • SCCS (Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs), avis sur le phénoxyéthanol, octobre 2016.
  • Règlement (CE) n°1223/2009 sur les produits cosmétiques, Annexe V.
Dr Sylvain DavidChirurgien plasticien et esthétique · Fondateur de BeautyDecoded

Informations à visée pédagogique uniquement. Elles ne remplacent pas une consultation médicale et doivent être adaptées à chaque individu. Le phénoxyéthanol est un conservateur jugé sûr jusqu’à 1 % par le comité scientifique européen (SCCS, 2016). L’ANSM déconseille son usage sur le siège des bébés et les lingettes pour jeunes enfants, et recommande la prudence face à l’effet « cocktail » de produits multiples. Des interrogations sur un effet perturbateur endocrinien restent à confirmer scientifiquement. Pendant la grossesse, la cohorte française PELAGIE (Inserm) a relevé des associations statistiques — non causales — qui justifient une simple précaution : limiter l’exposition en privilégiant des produits sans phénoxyéthanol, et demander un avis médical en cas de doute. Pour les produits destinés aux tout-petits, vérifier les étiquettes. En cas de doute ou de pathologie cutanée, un avis dermatologique est recommandé.