Est ce que cet acide azélaique est un scam « Anua » ? J’analyse la formule et la polémique

D’où vient la polémique
L’accusation : à la suite d’une reformulation, le pH du sérum aurait été relevé (des chimistes indépendants rapportent un pH proche de 6), faisant passer l’acide azélaïque dans sa forme saline (ionisée).
Le fait n’est pas contesté : oui, l’acide azélaïque s’y trouve majoritairement sous forme ionisée. La vraie question est ailleurs : est-ce que cela le rend inefficace ?
📌 À lire aussi : CeraVe entre dans la course aux peptides avec sa Skin Renewing Crème, je vous donne mon avis
Pourquoi c’est un faux procès
L’acide azélaïque est une molécule particulière : un acide dicarboxylique diprotique, qui perd ses protons à deux pH distincts (autour de 4,5 puis 5,3). C’est cette solubilisation à pH plus élevé qui permet de réaliser des formulations en sérum liquide, transparent et fluide. (A la place des crèmes et émulsions granuleuses)
Le raisonnement des accusateurs suppose que la « free acid value » (la part non ionisée) déterminerait à elle seule l’efficacité. C’est faux : l’acide azélaïque agit surtout à la surface de la peau, comme antimicrobien et anti-inflammatoire. Le pH compte pour la formulation, la tolérance et la pénétration mais un pH modifié ne rend pas le produit inopérant.
Le vrai twist : un pH plus élevé peut être un avantage
Deux formes coexistent sur le marché :
- une forme suspendue (émulsion granuleuse, pH bas), où la molécule flotte sans se dissoudre comme une boule à neige. (ACM, Nooance, Teen derm Isispharma)
- une forme solubilisée (sérum liquide, pH plus élevé), où elle est entièrement dissoute. (Anua)
En théorie, la forme non ionisée (non liquide, en suspension) pénètre mieux la barrière cutanée, mais la forme solubilisée (liquide, dissoute) met à disposition beaucoup plus de molécules prêtes à pénétrer. Qui l’emporte ?
L’étude de référence invoquée dans le débat a comparé, in vitro, deux formulations à pH 3,9 (suspendue) et pH 4,9(solubilisée) :
- rétention cutanée plus élevée à pH 4,9 ;
- flux des espèces ionisées environ 5 fois supérieur à pH 4,9 (128,4 vs 27,7 μg/cm²/h) ;
Réf. : Li N, Wu X, Jia W, et al. Effect of ionization and vehicle on skin absorption and penetration of azelaic acid. Drug Dev Ind Pharm. 2012;38(8):985-994. PubMed 22111946
Explication du Docteur David
Imaginez du sucre dans un verre d’eau. Tant qu’il reste sous forme de grains au fond du verre, une partie du sucre n’est pas réellement disponible dans le liquide. Lorsqu’il est complètement dissous, toutes les molécules sont dispersées et disponibles.
C’est un peu la même chose avec l’acide azélaïque. Dans certaines crèmes ou émulsions, une partie de l’acide azélaïque reste sous forme de minuscules particules en suspension : il doit d’abord se dissoudre avant de pouvoir pénétrer dans la peau.
Dans un sérum liquide à pH plus élevé, l’acide azélaïque peut être beaucoup mieux dissous. Certes, il se trouve alors davantage sous une forme dite « ionisée », qui traverse théoriquement moins facilement la barrière cutanée. Mais beaucoup plus de molécules sont immédiatement disponibles pour tenter de la traverser.
C’est ce que montre l’étude : avoir une forme théoriquement très pénétrante ne sert pas à grand-chose si une grande partie de l’acide azélaïque reste sous forme de particules non dissoutes. À l’inverse, une forme liquide bien solubilisée peut mettre davantage d’acide azélaïque à disposition de la peau, même s’il est davantage ionisé.
En résumé : une émulsion peut contenir une forme qui pénètre facilement, mais qui doit d’abord se dissoudre. Un sérum liquide peut contenir une forme qui pénètre moins facilement, mais dont beaucoup plus de molécules sont déjà dissoutes et disponibles.
Les limites à garder en tête
Cette étude ne dit pas tout : elle est in vitro, sur peau de souris, compare pH 3,9 vs 4,9 (et non ~6, le pH réel du sérum), et ne teste aucune marque concernée. Sans études cliniques comparatives directes, impossible de trancher définitivement mais rien ne permet non plus de conclure que le produit fonctionne moins bien à cause de son pH.
À surveiller : les dérivés
Certains sérums évoquent l’acide azélaïque mais contiennent en réalité du potassium azeloyl diglycinate (PAD) un dérivé modifié, moins documenté, dont rien ne garantit qu’il reproduise exactement les effets de l’acide azélaïque. Comme le A Pad de la marque Geek & Gorgeous.
L’essentiel
L’accusation de « scam » repose sur un raccourci chimique. Les données disponibles montrent même qu’une meilleure solubilisation de l’acide azélaïque peut compenser sa moindre proportion sous forme non ionisée et favoriser sa pénétration cutanée.
Mais attention à l’excès inverse : cette étude ne prouve pas qu’un sérum à pH 6 est plus efficace qu’une formule à pH 4.
La conclusion la plus raisonnable est donc la plus simple : mesurer le pH d’un sérum ne suffit pas pour déterminer son efficacité.
Vous aussi, décryptez vos produits
Pas besoin d’être chimiste pour comprendre ce que contient votre skincare. Scannez simplement votre produit avec Beautydecoded : l’application analyse sa composition et vous aide à comprendre ses ingrédients et à savoir s’il est adapté à votre peau.
Recherchez « Beautydecoded » sur l’App Store ou Google Play et scannez votre premier produit.
