Augmentation mammaire : 8 idées reçues passées au crible scientifique

Crédit @envato

L’augmentation mammaire est l’une des interventions les plus pratiquées en chirurgie esthétique. Elle reste pourtant entourée d’idées reçues tenaces, parfois anxiogènes. Voici ce qu’en dit réellement la littérature scientifique, sources à l’appui, sans marketing ni approximation.

Peut-on choisir le volume que l’on veut ?

Faux. Le volume que l’on peut mettre en place dépend avant tout de la base mammaire de la patiente. Je réalise bien sûr le maximum possible, mais il existe souvent une limite à ne pas dépasser si l’on souhaite conserver un résultat naturel. Ce n’est pas un avis subjectif : c’est le fondement des systèmes de planification modernes comme le High Five de Tebbetts, qui déterminent le volume optimal à partir de mesures tissulaires objectives (épaisseur des tissus, élasticité cutanée, largeur de la base), et non d’un « bonnet » souhaité. Ce système démontre d’ailleurs qu’il n’existe aucune définition médicale de la taille de bonnet.

Sous le muscle ou sur le muscle ?

J’utilise la technique du dual plan, qui allie le meilleur des deux approches. Dans cette technique, la partie haute de l’implant mammaire est couverte par le muscle grand pectoral, tandis que la partie basse n’est couverte que par le tissu mammaire. Cela permet de camoufler l’implant en haut et en interne, tout en évitant un aspect figé dans la partie basse. Décrite par Tebbetts en 2001, elle combine une position sous-musculaire à une dissection variable dans le plan sous-glandulaire, ajustable selon la morphologie de chaque patiente. CosmeticsurgerybaltimoreOxford Academic

Référence : Tebbetts JB. Dual plane breast augmentation. Plast Reconstr Surg. 2001;107(5):1255-1272.

Les implants ne font pas naturel ?

Faux. On peut tout à fait obtenir un résultat parfaitement naturel avec des prothèses. Le naturel ne dépend pas de la présence d’un implant, mais du choix du volume, de la technique de placement et du respect de l’anatomie. C’est précisément l’objectif de l’augmentation mammaire par dual plan : selon la taille et le degré d’affaissement du sein, la portion d’implant couverte par le muscle peut être ajustée pour obtenir la correction la plus naturelle possible. Cosmeticsurgerybaltimore

On ne peut plus dormir sur le ventre ?

Faux. Il s’agit d’une gêne temporaire, le temps de la cicatrisation. Vous pourrez à nouveau dormir sur le ventre au bout d’un mois environ, une fois les tissus stabilisés.

Ça empêche de faire des mammographies ?

Faux. Les radiologues disposent d’une technique spécifique, la manœuvre d’Eklund, décrite dès 1988. Son principe est de repousser doucement l’implant vers la paroi thoracique afin de tirer le tissu mammaire vers l’avant et de le comprimer seul. Concrètement, une femme avec implants passe généralement entre 4 et 8 clichés, contre 4 pour une femme sans implant. Le dépistage reste donc parfaitement possible et fiable. Docteur StrukPOLYTECH Health & Aesthetics

Référence : Eklund GW, et al. Improved imaging of the augmented breast. AJR Am J Roentgenol. 1988;151(3):469-473.

Faut-il changer les implants tous les 10 ans ?

Faux. Il n’existe pas de « date de péremption » automatique à 10 ans. En revanche, un suivi régulier est indispensable. La FDA recommande une surveillance par IRM ou échographie pour les implants en silicone, à partir de 5 à 6 ans, puis tous les 2 à 3 ans, afin de dépister une éventuelle rupture silencieuse. Le suivi prime sur le remplacement systématique. Gartnerplasticsurgery

On ne peut plus allaiter ?

En grande partie faux, mais avec une nuance honnête. L’allaitement reste possible dans la grande majorité des cas. Une méta-analyse de 2023 montre qu’environ 82% des femmes porteuses d’implants parviennent à allaiter, contre environ 88% chez les femmes sans implant. La différence est réelle mais modeste. Le facteur déterminant est le type d’incision et la préservation du tissu glandulaire : les techniques chirurgicales modernes visent justement à préserver la sensibilité du mamelon et la capacité de lactation. À noter : l’allaitement exclusif peut être un peu moins fréquent d’où l’intérêt d’un accompagnement en lactation si besoin. PubMedInfantRisk Center

Référence : Systematic review and meta-analysis, breastfeeding outcomes with breast implants, 2023 (PROSPERO CRD42022357909).

Est-ce que ça augmente le risque de cancer du sein ?

Faux pour le cancer du sein mais soyons précis et complets. Une méta-analyse de cohortes conclut que les femmes ayant bénéficié d’une augmentation mammaire esthétique n’ont pas de risque accru de cancer du sein. Plusieurs études retrouvent même un risque plus faible qu’attendu, sans surmortalité ni retard de détection. PubMedPubMed

Il faut toutefois distinguer une entité rare et bien identifiée : le BIA-ALCL, un lymphome (cancer du système immunitaire, et non un cancer du sein) qui peut se développer dans la capsule autour de l’implant. Il survient très majoritairement avec les implants à surface texturée et n’a, à ce jour, jamais été confirmé avec des implants exclusivement lisses. C’est précisément pour cette raison que le choix de l’implant et le suivi comptent et que les implants macro-texturés ont été retirés du marché dans plusieurs pays, dont la France. American Society of Plastic Surgeons

Références : Noels EC, et al. Breast Implants and the Risk of Breast Cancer: A Meta-Analysis. Aesthetic Surg J. 2015;35(1):55-62. — FDA Safety Communication, BIA-ALCL, 2019.

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